• les allumés de l'art brut : la fabuloserie

    Hier, à Dicy, je suis allée visiter un musée extraordinaire. Je prendrais le temps de vous faire découvrir les trésors accumulés sur l'art brut par Alain Bourbonnais, qui a su voir, dénicher, apprécier tout ce qui était étrange, surprenant, insolite et qui pourtant faisait partie du monde de tous ces artistes.

    Aujourd'hui, c'est Pierre Avezard, dit Petit Pierre

    je suis allée chercher les textes écrit sur Petit Pierre, sa vie, ses difficultés, son rêve. J'espère que je pourrais aussi vous mettre quelques photos, car je n'ai recours pour celà qu'à internet, les photos étant interdites. (link)

    Le récit est un peu long, mais ce personnage hors du commun le mérite bien.


    LE MANEGE DE PETIT PIERRE

    (Trésor de l’insolite)

    Il s’appelle Pierre Avezard, né en 1909, avant terme, handicapé, et ne peut suivre une scolarité normale. A l’âge de 7 ans, on lui confie le métier des innocents : garçon vacher. Sa famille, surtout sa soeur, l’accompagnera un bout de route mais bientôt il construira sa propre vie en construisant un étonnant manège, pendant 40 ans, traversant l’histoire jusqu’en 1992.
    Pendant que Petit Pierre, petit homme né "pas fini", s’active à mettre un monde debout et à le faire valser dans un manège inouï, le vingtième siècle s’emballe dans le progrès, puis chavire dans la guerre.
    Petit Pierre, avec le regard de ceux dont on dit qu’ils sont restés des enfants, cultive la beauté d’un monde imaginaire qui bouge, vit au rythme de ses rêves. Le handicap, la différence : un autre monde ? Un monde qui a ses rêves, ses imaginaires, ses désirs, ses créations...

    "Petit Pierre veut lire, mais le tableau l’intéresse plus que les lettres. Il aime compter et compte sans s’arrêter les pattes de chaises, les mouches qui volent dans la classe, les vaches sur le chemin du retour, mais il oublie d’écrire les chiffres écrits sur la feuille. Il adore écrire, mais sa main trace des lignes que la maîtresse ne reconnaît pas."
    Petit Pierre aime, observe, ramasse ces choses qui ne servent plus, oubliées... et rêve : " Petit Pierre rêve que le fil fait le tour de l’étable et il fait le tour de l’étable..."
    Petit Pierre s’obstine, son oeil image et ses mains construisent... " le plus étonnant, le plus joli et le plus inutile système de distribution de betteraves qu’on ait vu de mémoire d’homme..." et le manège de sa vie : "la vie, en pièces détachées qui s’emboîtent avec pour seule logique, la fantaisie" d’un homme. 

    Pierre Avezard

     

    Le dimanche après-midi, à la belle saison, ce carrousel enchanteur et divertissant devenait une véritable attraction locale, attirant à chaque fois une foule de spectateurs.

    De la ferme, on apercevait le manège, avec sa grande tour Eiffel de vingt trois mètres de hauteur ; puis il fallait traverser un pont dont la tôle ondulée faisait un bruit d’enfer, franchir un petit portail et pénétrer dans un espace étroit où des silhouettes, des véhicules étranges étaient suspendus à une grande roue au-dessus des têtes ainsi que des avions accrochés aux rayons d’une immense étoile.

    Tout à coup, un moteur se mettait en marche ; Petit Pierre, juché au sommet d’une échelle dans une sorte de cabine de pilotage, actionnait des manettes pour enclencher les mécanismes extraordinaires de sa fabuleuse machine enchantée.

    La magie commençait alors à envahir l’âme de chaque visiteur : le petit monde en fer blanc s’animait en un tourbillon fantastique dans lequel l’imaginaire et la réalité se confondaient à merveille. Des vélos, des camions, des charrettes circulaient dans tous les sens, des avions tournaient dans le ciel, le garde-champêtre se mettait à table, quelques couples tournoyaient dans un bal de campagne, un aérotrain et un téléphérique passaient au-dessus des têtes, des pêcheurs sortaient de gros poissons d’avril, un cycliste tentait de rattraper sans fin un autorail, des animaux de la ferme bougeaient ici et là.

     

    Parfois, on s’arrêtait pour lire une pancarte avec des inscriptions écrites d’une calligraphie d’écolier appliqué : « vois le temps comme il passe », « regarde bien les hommes manger.

    Le manège a été transféré pièce par pièce dans la fabuloserie, il aurait été détruit, pillé par les enfants qui voulaient récupérer les cyclistes, les voitures de pompiers.

    Certains mécanismes n'ont malheureusement pas résisté à leur exposition au mauvais temps, pour le moment, il n'a pas été possible d'en faire la réparation.

    Nous avons pu profiter d'une démonstration, les danseurs dans une valse qui virevolte, il s'est mis en scène dansant avec son amie la vache. Il y a le buveur qui est une petite vengeance car il le faisait, parfois, cracher de l'eau sur les visiteurs. Une boite de sardines en guise de sébille réclamait quelques pièces pour acheter la peinture, la seule fourniture qu'il ne pouvait récupérer. Là aussi, un oubli de piecette et la vache au dessus arrosait les mauvais payeurs.

    Tout est ingénieux, astucieux, mécanique.

    Si vous êtes près de Joigny, faites un crochet...

    Je reviendrais partager d'autres découvertes des allumés de l'art brut

    « les boutonskesako du mardi »

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  • Commentaires

    1
    Samedi 15 Août 2009 à 09:54
    Dany
    bonjour Nicole.
    On se sent transportés dans la vie de ce Monsieur en lisant ta page, il doit etre magnifique après avoir vécu tant de souffrance pouvoir réaliser de telles oeuvres.
    Merci de ce beau partage en Italaie (dans mon petit blaid) les musés me manque! bisous
    Dany 
    2
    Samedi 15 Août 2009 à 20:50
    nicole
    lui était illéttré et son frère ingénieur en aéronotique, la vie est surprenante Bises  Nicole
    3
    Mardi 1er Septembre 2009 à 10:07
    monique bluesy
    deux fois, j'ai emmené mes élèves assister au spectacle "le manège de Petit Pierre" mis en scène par P Dopuchet (je crois) et joué au théâtre de la Tête Noire à Saran. Mon mari a vu ce manège en crai, fonctionner près de Vitry-ax-Loges, en forêt d'Orléans, du vivanr de Pierre
    4
    Mardi 1er Septembre 2009 à 10:15
    nicole
    je suis ravie que tu me dises tout ca, peu de temps après j'ai vu le cyclop dans la foret de fontainebleau fait par Tinguely, mais l'émotion, la force de petit Pierre n'est pas contagieuse. Je suis éblouie par son génie.
    5
    Mardi 1er Septembre 2009 à 10:17
    monique bluesy
    je suis en dessous de tout ! je vais au Mexique et je ne suis jamais allée voir le Cyclop (à 25 km de chez moi !) , là aussi je me promets d'y aller .... et le temps passe !
    6
    Mardi 1er Septembre 2009 à 23:26
    nicole
    je vais souvent près de Melun, tu es dans le secteur ??
    7
    Jeudi 4 Février 2010 à 08:58
    nicole
    eh bien merci beaucoup pour le commentaire et la visite. A biêntôt  Nicole
    8
    Lundi 22 Février 2010 à 22:48
    Mamie Claude
    Magnifique l'histoire de "Petit Pierre" quelle leçon de vie emprise d'émotion ! Merci
    9
    crocbook
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 20:55
    crocbook

    Découvert ton blog par hassard, vraiment pas mal en tout cas,

     

    Elodie

    10
    thierry CATHERINE
    Mercredi 5 Septembre 2012 à 20:55
    thierry CATHERINE
    blog très intéressant riche en reportages d'artistes.
    très bien.
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